Les sports de nature Cantal-evasion-hivernale
Cantal, évasion hivernale

Jeudi 20 janvier, départ pour trois jours de cascade de glace dans le sud du massif Central. Réparti en deux véhicules, le groupe se compose de 11 grimpeurs : la majorité de Roc 14, quelques-uns de Grimpe 13, le reste de sections exotiques : Bagnolet, Bobigny, La Courneuve… La région se prête à merveille à l’initiation à la cascade de glace, avec des voies de toutes difficultés (de 25 à 300 mètres) ainsi que des pentes de neige pour se familiariser avec le maniement crampons piolets. Direction un cocon douillet au pied du Puys Mary – spéciale dédicace au poêle et aux cuisiniers de la tartiflette – dans un minivan de compète. Tous deux loués par Julien et Rémi, les référents. Avec Baptiste et Bruno, ils ont tout mitonné : la sortie, le matériel, le gîte et le couvert. Bref, un programme alléchant avec, au final… un super week-end cascade de touffes d’herbes gelées et de cerfs volants humains.

Le Cantal, ça fait mâle ! Benoit, comme Jean-Baptiste, Vincent, Gilles, n’a jamais chaussé de crampons. Ni Alexandre, dont c’est la première sortie en montagne. Oriane n’a pas beaucoup plus d’expérience, Pierre un peu plus. Un niveau au dessus, Baptiste, Bruno, Rémi et Julien, les encadrants. En résumé, dix hommes, une femme. La parité hibernait, elle aussi… Ben alors les filles, vous étiez où ? La cascade, c’est super ludique, et pas réservé qu’aux surhommes. Il y en avait bien quelques-uns dans le groupe, plutôt discrets, qui tâtaient du 6c, mais pas que… Et pis, la maladie de Raynaud, elle résiste pas à une doudoune moelleuse, à des moufles fourrées et à des collants pure laine. Certifié Oriane !

Acte 1.

Vendredi. Cascades sur la face nord du Puy Mary. Qui pisse contre le vent se rince les dents « Nul besoin de chemin pentu pour chausser les crampons ! » grommelle Oriane sur le chemin d’accès aux cascades de la face nord du Puys Mary. Deux fois déjà qu’elle s’étale sur les plaques de glace de la route d’approche. Ouf ! Maintenant qu’on quitte le chemin, il faut mettre les crampons. Une première, pour beaucoup. S’encorder avant, sortir le matériel après. Direction la forêt à traverser pour atteindre les cascades. Pas terribles à première vue. Peu formées et pour beaucoup impraticables : les cascades les plus éloignées de la route, en particulier, ne touchent pas le sol. Grrr, les deux semaines de redoux qui se terminent ! D’autant que nous, on arrive avec le froid, qui marque son territoire via un vent du nord assassin… Une traversée plus tard, dans des pentes déjà raides pour un premier cramponnage, délestage des sacs au camp de base, une petite vire de neige adossée au rocher. Bruno emmène le groupe sur la gauche pour équiper une cascade facile. Les grimpeurs se positionnent tant bien que mal sur la pente au départ du mur. Quinze mètres plus tard, sur la deuxième broche, Bruno perd un crampon… Aïe ! « Rien ne sert de monter, il faut toujours chausser », grimace-t-il. Sa côte fêlée la semaine précédente à Freyssinières s’est réveillée. Redescente. Pendant ce temps, Rémi et Julien gravissent un couloir de neige – en top condition – pour installer des moulinettes sur les cascades de droite. Il fait trop froid manger : la température s’abaissera jusqu’à - 23 ° ressentis, paraît-il ! Le reste de la journée – déjà bien avancée – se passe à gravir les quelques cascades équipées, par une glace fine, qui casse par blocs et ancre mal, ou bien dans des zones fragiles. Quel dommage : une semaine de froid plus tard, elles seront top, bien charnues. Consolation, la glace en formation propose des corolles magnifiques, aux formes futuristes. Au retour, tout le monde un peu sonné dans le van. Mais toujours de bonne humeur – ce qui ne se démentira jamais pendant le séjour. « Qui pisse contre le vent se rince les dents », résume tout sourire Benoit. Pour sa première sortie hors résine, il a été servi !

Acte 2.

Samedi. Par glace fine, le grimpeur prend un Plomb dans le Cantal Puisque la glace est revêche mais pas la neige, le staff en a décidé au coin du poêle : aujourd’hui, pas de cascade, mais deux couloirs en face nord du Plomb du Cantal (1855m). Deux pentes de même difficulté (50 ° maximum) pour trois cordées : une de quatre dans un couloir avec Julien, deux de trois menées par Rémi et Baptiste dans le deuxième couloir. Ca sonne bien. Départ à 9 heures. -12 ° dans le bolide de compète, les vitres couvertes de gel. Une petite manœuvre pour sortir le camion du chemin en veillant à ne pas patiner, une descente prudente pour atteindre la route. D’autant qu’il a un peu neigé et qu’il n’a pas poussé de chaînes aux roues. Allez, c’est parti ! Chauffage, doudoune, bonnet et gants, papotage radio en fond sonore, une demi-heure pour finir la nuit– sauf Gilles au volant, peut-être… Un peu d’optimisme Coué – « Regardez, les arbres sont immobiles, ma main a couper qu’il n’y aura pas de vent ! » –, trajet tranquille, arrivée au pied du Plomb du Cantal, les nuages se dissipent, beau temps. Poussée du van pour atteindre le parking, ça y est, tout le monde réveillé. Dans le chemin qui part du hameau, premières rafales cinglantes. « Tiens, les arbres, pourtant… » Vite, la capuche ! Deux paysans, en grosses chaussettes de laine blanche par-dessus le pantalon, tirent un bœuf avec une corde de chanvre. Comme dans le livre de photos au coin du feu qui réchauffe Bruno, resté au gîte. Il doit s’être rendormi paisiblement… Virage à droite. Un petit ruisseau à moitié verglacé, bordé de plaques de glace sombre et glissante – putain, l’été, ici, tu te souviens même pas y être passé ! – qu’il faut surmonter. A l’entrée dans la forêt, pause. Le temps de mettre les baudriers et les crampons. Le groupe s’éparpille. Julien trace, suivi de Jean-Baptiste, Vincent, Gilles. Alexandre, dont un crampon se décroche, les rejoint plus haut, suivi de Jean-Baptiste. Rémi, Oriane et Pierre ferment la marche, un peu plus loin. En haut de la forêt, une raide pente de neige permet de rejoindre une croupe herbeuse gelée. Au-delà, les premiers progressent rapidement. Julien-Hulk s’est mis en marche. Il a traversé la pente de neige, rejoint une deuxième croupe herbeuse et… obliqué à droite, pour s’engager dans la pente qui le domine ! Et qui paraît barrée en haut par une mini corniche. Il avance en pointes avant, suivi tant bien que mal par Jean-Baptiste, Vincent, Gilles, Alexandre. « Tiens, les couloirs qu’on devait faire, ils sont encore derrière… » Jean-Baptiste attaque la traversée de la première pente de neige ; Oriane et Rémi ont rejoint le monticule herbeux qui la précède. Je m’engage dans la pente au-dessus de la forêt pour les rejoindre et… gros coup de mou ! Une envie irrépressible de chaleur, de couette, de gîte. Il doit faire si bon, là-bas, au chaud. Une bouffée de rage en pensant à Bruno, qui doit se prélasser tranquille près du poêle, avec un p’tit café, à regarder les bûches flamber… Le salaud ! Nous, on doit se taper cette grosse colline pelée, avec un zèph de folie ! Des rafales meurtrières, en direct live de la banquise arctique, qui hachent le visage ! Plus aucun obstacle pour les perturber maintenant qu’on a dépassé les volcans voisins. « 60 à 70 km/heure », jugera Rémi. « Y’en a peut-être quelques-unes, quand même, qui auraient été flashées sur le périph’ ! » Une idée, comme ça, quand il faut s’agripper au piolet pour ne pas s’envoler… Le premier groupe progresse sur sa pente. Julien a entamé une traversée sur la droite pour trouver une faille à la corniche. Par gestes, Rémi indique vouloir passer encore plus à droite, dans la pente au-dessus de nous. Une dernière pensée pour ce salaud de Bruno toujours béat devant son poêle… Allez, en route, plus d’arrêt avant le haut ! Lentement, tranquillement, mais sans s’arrêter. Une fois passée la pente de touffes d’herbes gelées – putain, l’été, ici… –, première pente de neige. Tout change d’un coup. Le crampon crisse come une bouchée de meringue sur la neige ferme. Ah, ah… miam miam ! Plus qu’à jouer des chevilles et à poser correctement les pieds. Tenir solidement le piolet par la panne, se mettre bien droit sur les jambes… Humm, bien faire attention. Le pied aval dirigé vers le bas, le pied amont en pointes avant ou en quart, le piolet ancré plus haut… Ca va bien ! Viser la limite de l’herbe à gauche, puis de l’autre côté à droite. Monter tranquillement, bien équilibré, en légères diagonales. Parfait ! Une dernière portion de touffes gelées et de rafales glacées, voilà la pente finale. Cinquante mètres environ, 35 °au début, 50 ° à la fin. Les premiers ont tous rejoint le haut de la pente, ils traversent maintenant pour éviter la mini corniche. Vu d’en bas, le passage pour passer la crête est impressionnant. En attaquant le mouvement, Alexandre a d’ailleurs une pensée émue pour son crampon si fragile dans la forêt… Pour nous, la sortie se précise. Rémi s’est engagé dans le petit mur final. Avec un seul piolet dans la main, s’il vous plaît ! En responsable attentionné, il creuse des petites marches pour Jean-Baptiste et Oriane qui le suivent en pointes avant. Il progresse lentement, très concentré. Au moment de sortir, une brusque rafale. Oriane décramponne ! Elle glisse, se rattrape, recommence à glisser… « Le piolet ! arrête-toi ! » Quelques encablures à gauche, une brusque poussée d’angoisse. En dessous, deux trois cents mètres pas extrêmement raides, mais quand même, faut connaître les gestes d’arrêt et rester lucide, surtout si la glissade s’accélère – … Ouf ! Oriane se stabilise à la limite de la bosse de touffes d’herbe qui domine la pente. Ca y est, Rémi est sorti. Jean-Baptiste le suit, tranquille. Oriane et moi progressons de concert, un peu décalés. En sortant sur l’arête, elle s’effondre de tout son long sur la neige, poussée par le vent. On la récupère, on avance et… Soleil ! Plus que du bonheur. C’est pas Saint-Trop en juillet, mais enfin, un peu de couleurs et de chaleur ! On s’arrête déchausser dans un creux de la pente, face au soleil. Il va nous bercer toute la descente en face sud et ouest. D’autant que le vent a faibli. Plus qu’à enfiler sans se précipiter les pentes faciles puis la forêt. Avec quelques passages plats en glace bien vive et autant de glissades pour s’amuser. S’amuser ? Rémi et Julien, ils t’en foutraient des « s’amuser » ! « Coupe tes ongles de pieds avant de partir, du bien tu te feras ». C’est devenu son leitmotiv pendant la descente, à Rémi. Pendant qu’avec Alexandre on fait café clope dans une clairière au soleil, que Jean-Baptiste se poste filmer les glissades à venir, il trébuche sans cesse avec l’envie toujours plus pressante d’enlever ces satanées grolles. Julien, lui, est touché au genou, mais avec une gêne moindre. Toujours est-il qu’au sortir du deuxième jour, ne reste plus qu’un accompagnateur 100% valide : Baptiste ! « Qui veut aller loin … choisit avec précaution ses chaussures ! » ironise Gilles.

Acte III. Dimanche. Pont rouge, station du Lioran. Le régal des novices

« Le farniente est une merveilleuse occupation. Dommage qu’il faille y renoncer pendant les vacances, l’essentiel étant alors de faire quelque chose », philosophe Benoit au réveil. Ca tombe bien, les héros estropiés ont mitonné une journée cinq étoiles. La glace en face ventée, ça le fait pas ? la neige sous les rafales, non plus ? Alors, direction Pont rouge. Des petites cascades (20 m) en fond de rivière, à l’abri du vent : idéal pour l’initiation. Dans un lieu qui devrait être bien gelé, si l’on en croit son nom : celui d’un « spot international du Canada », dixit le topo. Dernier avantage du site : en contrebas de la route. Nous y voici. Malheureusement, la glace n’est pas plus formée que les jours précédents, l’eau est proche. Les seuls grimpeurs que nous ayons croisés pendant le séjour, ils sont en train de faire demi-tour… Pas suffisant pour décourager Baptiste et Julien, qui nous accompagne malgré son genou. Ils parviennent à équiper quatre petites cascades – plus exactement des rideaux maigrichons, coiffés d’herbe et de racines – sur les arbres qui surplombent le ruisseau. Quatre lignes de quinze mètres environ à grimper en moulinette, assuré(e) d’en haut. Largement de quoi satisfaire tous ceux qui découvrent la glace. Benoit, Jean-Baptiste, Gilles, Alexandre, Oriane, Vincent enchaînent les voies. De bûcheron le premier jour au Puys Mary, Alexandre est adoubé « jardinier » par Jean-Baptiste, qui le suit en photos. Quelques jours de plus, il deviendrait orfèvre… Les lignes sont raides et peu formées – l’une d’elle disparaît d’ailleurs sur un coup de crampon de Mammouth Gilles –, qu’importe ? « Pour nous qui n’avons pas d’éléments de comparaison, c’est super ! » jugent les novices. Bon ben, c’est l’essentiel… Parce que pour les autres, l’escalade est plutôt moyenne, l’enthousiasme mitigé. Les conditions, encore et toujours. Le manque d’envergure des cascades aussi, peut-être. Pour finir, un peu de théorie. Alexandre s’allonge sur la neige : pourquoi s’enfoncer au fond du frigidaire alors qu’ici, bercé par un soleil langoureux, « on se croirait en été » ?! Allez, café clope ! Les autres descendent au bord du ruisseau s’exercer à la pose d’abalakhov, la cordelette qu’on attache dans une lunule artificielle creusée à la broche. Deux trous d’une dizaine de centimètres qui se rejoignent et le tour est joué pour l’assurage et le rappel. Un exercice sympa qui se termine par une dernière remontée – la plus longue de toutes ! – du rideau de glace. 15 h 30. L’heure de retrouver Bruno et Rémy. Les hommes de ménage restés au gîte le matin – merci à eux aussi pour ça ! – portent les baluchons du groupe. Plus qu’à se changer fissa derrière le camion, à se répartir dans le minivan ou le turbo de Bruno. Et en route, sans tarder ! « Parce qu’une blanquette de veau, ça n’attend pas », chantonne Gilles au volant…